Sur la tombe de Luckner J. Cambronne  

(30-09-06)

 

Mes Chers amis,

 

Reprenant a coté  du formalisme liturgique une tradition vieille de plusieurs siècles consistant a évoquer les vertus du défunt sur sa tombe, geste de l’ultime adieu, je suis heureux de répondre positivement a la demande de Nanny Cambronne et de ses enfants pour dire l’au revoir final a celui que je connais depuis plus de cinquante ans et pour qui  j’ai développé durant ces quatre dernières années une admiration presque mythique pour son courage dans la souffrance, son optimisme et sa foi dans l’humain et surtout pour l’espoir qu’il nourrissait de voir souffler dans son pays le vent porteur de semences pour une nouvelle moisson de patriotes capables de redresser la barque nationale. Il rêvait de pouvoir y retourner un jour.

 

Il serait extrêmement heureux ce matin de se voir entouré de tant d’amis, certains  venus de très loin, hommes et femmes endimanchés, pour célébrer sa vie, une vie riche en événements de toutes sortes. Cambronne aimait l’apparat, la tradition et le décorum. Il n’était pas iconoclaste. En effet son étoile commença à briller en 1957 quand son candidat et son mentor, Dr. François Duvalier, accéda à la présidence de la République. Caractère controversé, fuyant le marronnage  traditionnel des haïtiens pour dire la vérité en tout et partout, caractère attachant pour ceux qui le connaissaient bien, Luckito, comme l’appelaient ses amis, devint l’homme de toutes les saisons. Ministre bâtisseur, acteur et témoin oculaire des grands événements de son temps, homme de décision dans toutes les circonstances ou le plaçait son destin, il resta le même homme pour ses amis : railleur, parfois bourru en apparence, mais essentiellement bon enfant. Et quand le sort en politique  lui fut défavorable et qu’il dut subir le silence de l’isolement et parfois même l’ingratitude de ses thuriféraires d’hier, il sut  s’armer de courage et d’abnégation pour trouver les ressorts nécessaires pour rebondir.

 

Il n’a pas pu le faire cette fois-ci. Il lutta jusqu’au dernier moment pour le regain de sa santé.  Il organisa chez lui  des séances de réflexion sur la conduite des affaires politiques en Haïti, les seuls moments capables de le revigorer physiquement et mentalement. Mais quand il se rendit compte de la détérioration accélérée de son état et qu’il ne reverrait peut-être plus le sol qu’il a tant aime, alors il  dirigea son intérêt vers cette destination admirablement décrite par le prophète Esaïe dans le Cantique des Cantiques, ‘’ce lieu ou il y aura un abri pour donner de l’ombre contre la chaleur du jour, pour servir de refuge et d’asile contre l’orage et la pluie’’, l’un des plus beaux textes de la littérature biblique.

 

Mon cher Lukito, que de fois ne t’avons-nous demandé,  Whilhem Romeus, Ludo Lafontant, Tony Georges-Pierre ou moi-même, de nous dicter tes souvenirs sur Dr. François Duvalier, celui envers qui ta loyauté demeurait impérissable. Tu nous répondais toujours que certains acteurs sont encore vivants et qu’il n’est pas question de les trahir. Ton indifférence au gain aura privé au lectorat haïtien l’accès à  tout un pan de son histoire au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle. Question de principe ! Nous reprendrons peut être ce projet avec tes enfants qui  nous ont affirmé  avoir gardé le brouillon de ton testament politique.

 

 Suivant la plan divin, tu retournes aujourd’hui en terre dans un pays d’accueil qui n’est pas le notre : ‘’Pulvis es et in pulverem reverteris’’. Tu es poussière et tu retourneras en poussière. Cependant quand les passions se seront tues et que notre patrie pourra librement identifier les vrais patriotes, hommes et femmes qui ont décidément travaillé pour son bien être, son bon renom et la défense de sa souveraineté, un cénotaphe devra être érigé pour perpétuer le souvenir de ses bienfaiteurs.  Et le nom de Luckner James Cambronne devra y figurer en lettres d’or.    

 

A Nanny, Nadine, Françoise, Mimi, aux autres enfants et petits enfants, aux parents et alliés, je vous dis mes regrets de voir partir un ami très cher et hors de l’ordre commun.  Au nom de la promotion des années 1955-1956 du Cercle des Etudiants, je vous prie d’accepter l’expression de nos regrets et de nos sincères condoléances. A toi, mon cher ami et grand frère, ce n’est qu’un AU REVOIR. Merci !

 

Léonce F. Thelusma

30-09-06