Sermon à L’occasion des Funérailles

De

Mr. Luckner Cambronne

 

 

Elles sont légions les circonstances portant les hommes à se rassembler telles : le baptême de la venue au monde d’un enfant, le mariage, la mortalité : aujourd’hui nous voici parents, amis, partisans et adepte d’une même famille, d’un même parti, réunis, rassemblés, regroupés pour conduire à sa dernière demeure; un monument, un homme d’une grande valeur et d’une grande compétence; nous voila réunis autour de Luckner pour lui dire adieu.

 

Comme époux, il a su avoir le comportement qui lui a valu la présence l’appui, l’assistance de sa très chère épouse Nannie durant toute sa longue souffrance supportée avec courage et fermeté.

 

Comme Père, il a su donner à ses enfants une orientation, une ligne de conduite, il a su les inculquer les principes nécessaires pour que toujours ils restent fiers de leur papa, pour que jamais ils n’aillaient dépendre de qui que ce soit.

 

Comme homme, il fut un doctrinaire et un idéologue à l’instar de François Duvalier. Il avait sa conception de la vie, il avait foi en la classe moyenne qui pourrait révolutionner les comportements et changer le mode de vie de l’Haïtien en le rendant libre, uni, et indépendant gardant ainsi la fierté de l’Haïtien, le renforcement, la consolidation de la classe moyenne pour un avenir et un meilleur lendemain.

 

Un homme respecté et respectable est celui qui a une croyance, une doctrine, un but et un objectif et qui ne ménage absolument rien pour les concrétiser, les atteindre et les réaliser; ce fut le cas de Gandhi, de Martin Luther King, d’un Mandela, d’une soeur Theresa, de Toussaint Louverture, de Jean Jacques Dessalines, d’un Balaguer, d’un François Duvalier et celui de notre bien-aimé frère Lukito.

 

Si un philosophe disait; il y a des individus qui sont homme par la figure et animal pour le reste, ce ne fut pas le cas de notre Lukito qui fut un homme dans toute l’acception du terme chez qui d’ailleurs on ne trouvait ni mesquinerie ni lâcheté, ni bassesse, ni traîtrise.

 

C’est vrai que Diogène tenant en main une bougie allumée en plein midi disait “ je cherche un homme” et il aurai retrouver cet homme en Luckner.

 

Ce dernier faisait sien ce proverbe chinois que répétait souvent Serge Beaulieu: Je me fous de ceux qui dissent et de ce qu’ils dissent car bien souvent certain hommes parlent et ne dissent rien, regardent et ne voient rien, écoute et n’entendent rien, marchent et ne vont nulle part; car , en psychologie perceptuelle un jugement ne doit pas et ne peut être superficiel, mais doit se baser sur la connaissance des faits, et de la conception, de la situation de la personne qui agit et Jean Paul Sartre parlait de l’homme en situation; car pour qu’un jugement soit valable Il faudrait se mettre à la place d l’autre pour le comprendre dans ses dires et dans son agissement.

 

Lukito se moquait des “ on dit” sachant, comme le dit le proverbe Allemand : “L’imbécile dit ce qu’il pense et l’homme intelligent pense ce qu’il dit”, et, chez nous, dans notre pauvre petit pays, dans notre culture ils sont plus que légion ces imbéciles et à l’égard des mauvaises gueules il semblait répéter; “ le chien aboie la caravane passe.

 

Petite confidence : A ma dernière visite chez son Excellence incapable de se maintenir dans une position stable et devant se déplacer constamment et perpétuellement de sa chaise roulante à son lit, il dit, il insista, il commanda, il imposa, il obligea alors qui’il y avais dans la chambre son épouse Nannie, sa fille Nadine, Docteur Ludo et un Américain, il dit donc avec cette fermeté et ce courage qui l’ont toujours caractérisé; “ se Cico pou qui leve-m”. J’ai regardé autour de moi, je voyais que personne n’avait saisi, compris la parabole; j’ai souri et nos yeux se rencontrèrent et il clignota l’oeil droit, convaincu que j’avais reçu le message.

 

Oui Excellence si Dieu me prête vie, “map ,met main ak tout zanmi ou you pou m leve-w jan ou te mande mwen yan”; je contribuerai à te faire connaître, estimer et apprécier par le peuple Haïtien, ce peuple que tu as toujours aimé, ce peuple pour lequel tu t’es sacrifié en négligeant parfois parents et amis; et malgré tout on voit des frères Haïtiens qui essaient de minimiser tout cela, oubliant ces proverbes :

 

Quant tu bois de l’eau, pense à la source

 

Ne fais pas de bien si tu ne peux pas supporter l’ingratitude”, mais tu as toujours compris cette phrase de Einstein : disant “les grands hommes on toujours connu l’opposition violente des esprits médiocres”.

 

Si certains “ ti nèg” comme nous, venant d’une classe sociale toujours humiliée, desubstantialisée comme le dirait Frantz Fanon, toujours ravale au rang de la bête, toujours oubliée, délassée au point d’être désigne par la vocable “nèg andeyò” c’est parce que un certain moment de la durée on a eu un François Duvalier accompagné de tout un cortège d’homme d’élite, d’intellectuel de haut niveau, de patriotes conséquents à l’instar d’un Clovis Desinor, des Frères Blanchets, de Max Antoine, d’un Charlemers, d’un Figaro, d’un Devarieux, d’un Victor Never Constant, d’un Gérard Domec, d’un Toto Cinéas, d’un Baguidy, d’un Edner Day sans oublier le courage et la bravoure d’un Zacharie, d’un Elois Maître, Estinval , d’un St. Voyis Pascal et enfin de la compétence et le courage de notre frère Lukito pour la promotion de cette classe méprisée et qui depuis lors tient les reines du pouvoir en faisant semblant d’oublier les pionniers et les promoteurs d’un tel mouvement et d’une telle évolution.

 

Nous ne pouvons pas laisser partir le corps de ce monument, de ce géant, de ce grand homme de valeur, “ ce poto mitan” sans que nous ici présent, parents, amis, frères idéologique, nous nous mettions debout en nous donnant la main pour fredonner un couplet de notre hymne national.

Pour le pays pour les ancêtres

Marchons unis marchons unis

Dans nos rangs point de traître

Du sol soyons seul maître.

 

En conclusion.

 

“Mieux vaut mettre du feu au bois que de pleurer sur les cendres” Excellence , mon ami, mon frère spirituel, si Dieu me prête vie je m’associerai à tous ceux et à toutes celles qui ont pris le temps de te connaître, de t’apprécier et de t’aimer et spécialement aux éloquents orateurs qui ont pris la parole hier soir pour vanter tes qualités et relater tes prouesses, pour suivre à la lettre ton ordre, exécuter ton voeux, pour concrétiser ton rêve, pour réaliser ton souhait, pour matérialiser ton désir, nous te relèverons, devant tout le people d’Haïti pour lequel tu t’es sacrifié par amour et à l’instar des grands hommes de tous les pays et au moment opportun, un monument sera érige en ton nom pour que les fils du peuple, les paysans, les marginaux de notre pays apprennent à connaître et à comprendre l’histoire d’Haïti, leur histoire; et à apprendre toute la vérité sur l’étoile que fut ce grand homme dont nous célébrons les funérailles aujourd’hui et qui n’est nul autre que Luckner J. Cambronne.

 

Prions pour que Dieu dans sa miséricorde, sa compassion accueille notre frère et lui accorde ce bonheur, cette paix que certains d’entre nous on voulu le priver durant toute sa vie terrestre.

 

Excellence “ un homme ne meurt pas quand sa pensée vit et demeure dans la mémoire des autres”. Lukito ou sou stand by, ou ponko ka mouri paske panse ou fre et fre nan tête nous; et nous accepterons une telle mort le jour ou nous pourrions t’offrir les funérailles digne d’un homme de ton rang et de ton envergure.  Que Dieu entende nos voeux et nous permette de les réaliser un jour.

 

AMEN.