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Chers famille, Parents et Amis eplores,
Nos cœurs serres par l’angoisse devant le spectacle de cette mort qui nous rend orphelins se trouvent dans un tel desarroi qu’il nous est impossible de pense a l’illustre disparu sans eprover le frisson de l’emotion. C’est donc avec un melange d’angoisse et de respect que nous nous inclinons bien bas devant la depouille mortelle de notre regrette Luckner J. Cambronne.
Cet homme doue d’une etonnante personnalite a eprouve durant son existence le besoin de transcender les clivages qui dechirent la societe haitienne. Il en a retire une affection nourrie d’echanges, de souvenirs commun s, de joies intenses, mais aussi d’echecs et de douleurs qui ont faconne chez lui un sens proverbial de l’amitie et cet amour du prochain qui le fait passer pour un homme captivant et respecte. Le mouvement social de 1946 en avait fait un militant dont l’engagement noiriste denoncait le parcours d’un jeune citoyen issu des classes moyyenes, dans cette Haiti qui s’interrogeait aq l’epoque.
Attentif a la vie impressionnante de luckner J. Cambronne comme a son parcours politique, l’observateur objectif peut admirablement conjuguer l’homme multidimentionnel qu’il fut avec le souvenir qu’il nous laisse, d’un pere aimant, d’un patriote integral, d’un nationaliste ardent et farouche, petri de la seve dessalinnienne et surtout d’un ami sincere et honnete.
En effet, cet homme qui a flirte avec la gloire, l’honneur et la fortune, ne s’etait jamis departi de lui-meme. S’il a accepte la fatalite de la vie, c’etait pour mieux jouir sans ostentation du plaisir d’etre monte assez haut dans la hierachie des honneurs et de se conforte a la douloureuse fascination que les revers de la vie ont exerce sur sa personne. Il savait, comme l’a souligner Simone de Beauvoir que « viellir c’est se define et se redujire. » Mais l’intransigeance des evenements et des circonstances n’avait pas reussi a morceler son grand cœur , encore mois a le bouleverser d’anxiete. Car il etait persuade que vivre c’est lutter. Aussi, sa vie a ete une lutte sans merci contre l’adversite, une lutte dans laquelle il a deploye un courage exemplaire et un ingeniosite sans limites.
Au soir de sa vie, entoure de la bienveillance familiale et du support indefectible de ses amis et admirateurs, Luckner a retire de l’existence la quietude d’esprit et le contentement de soi qui lui ont permis d’affronter l’adversite avec la conscience et le courage d’un homme candide. Tout au long de son existence bien remplie, Luckner a engrange ce qui est rare chez beaucoup d’hommes ; la fidelite a un ideal, le courage dans l’adversite, le dedain del’iniquite et cet amour d’autrui qui nous a touche si intimement. Il n’yh avait riend de superficielo dans cet homme qui s’etait donne a la politique avec un conviction indestructible et un esprit farouchement nationaliste.
Sa rencontre avec le Dr. Duvalier a ete l’element capital de sa vie. Il se jeta dans la melee avec l’ardeur du neophyte insouciant des basses injures et de l’injustice qui eclaboussaient son idole, durant la tumultueuse campagne electorale de 1957. Pour lui, c’etait le combat pour la verite. Il s’y adonna avec toute la vigueur de sa jeunesse, avec la foi du croyant en un nouvel Evangile.
Le triomphe aux urnes du Dr. Francois Duvalier a ete pour lui un exercise de lucidite. Il en a profite pour eprover la sincerite des hommes, leur faiblesse d’ame, mais aussi la force de conviction qui souvent les hausse au-dessus d’eux-memes. Il avait, avec determination suivi Dr. Duvalier, parce qu’il etait convaicu que ce baroudeur politique pouvait l’entrainer dans les chemins ou son cœur et son esprit voulaient aller.
C’etait en vertu de son militantisme endurci, de sa foi indomptable dans l’etoile du vaiqueur du 22 Septembre 1957 et de sa fidelite proverbiale envers ce chef astucieux que Luckner Cambronne etait devenu l’un des hommes les plus eminents et des plus puissants du Serail, au point de jouir intimement de la confiance du chef de l’Etat qui le traitait comme un fils. Secretaire prive du President de la Republique, Depute du peuple, coordonateur du Mouvement de la Renovation Nationale, Ministre d’Etat, conseiller ecoute, autant de fonctions et de taches ou transparait la personnalite dynamique de l’homme politique.
Aussi, l’histoire de sa vie publique, c’est celle des victoires et des echecs du duvalierisme. Par dela ce militantisme ardent se distinguent les emotions du pere de famille, le pragmatisme de l’epoux responsable jouant continuellement au pere aimant. C’est que la politique n’interdit pas de concilier le portrait d’un homme attache a sa famille et celui dont l’existense est commandee par la raison d’Etat.
Au lendemain du 7 fevrier, lorsqu’une veritable coalition de la haine s’etait emparee de la cite, Luckner demeura impertubable, dominant ses nerfs, au milieu du vacarme. Car il savait que la tempete a le pouvoir incontrolable de detruitre, mais il appartient a des hommes lucides, entreprenants et intelligents de reconstruire les murs de la cite pour abriter la grande masses des victimes. Pendant vingt ans, il a vu comment la malveillance et la megalomanie pouvaient si lourdement peser sur la conscience des citoyens.
Mais, en ce matin du 24 Septembere 2006, lorsque Luckner rendit son ame a Dieu, il avait la certitude que le mensonge avait la vie dure, mais il ne pouvait indefiniment resister a la charge de la verite. Il est parti avec la conviction que la verite resplendira comme un lumiere incandescente.
Il pouvait, au soir de sa vie se rememorer ces mots d’Emile Zola : « qui souffre pour la verite et la justice devient august et sacre » . Ainsi il pouvait sans defaillance comparitre devant son Dieu, persuade que le peuple Haitien qui, peu a peu, se reveille de sa lethargie, peut honorablement comparaitre devant l’Histoire, apres avoir compare le present au passe et determine que la marche de la verite est impertubalble et incontournable.
Or, depuis quelque temps, le vent de la verite se met a souffler, Eh ! Quel Haitien n’a pas eprouve le besoin de revivre l’ere duvalierienne, avec la certitude que la melancolie du present ne peut se mesurere a la quetude du passe. Le duvalierisme avait su offrir la securite et l’honneur, proclamant partout l’orgueil de la nation haitienne par devers l’incomprehension du monde civilise.
Aujourd’hui, ne devrions-nous pas chosir entre l’ordre rigide d’hier et le chaos effroyable qui detruit a la fois notre souverainete, nos espoirs et les sens de l’harmonie nationale si virilement recherche, pendant plus de deux siecles. A ce tournant, on ne peut manquer d’apprecier la vision de Luckner Cambronne, sa perception de l’avenir, toutes ces aptitudes qui semblaient faire de lui un prophete de l’avenir.
Mesdames,Melles, Messieurs,
Heuresement que Luckner n’est pas conscient de la peine qu’il nous fait en nous quittant, rien ne poura abreger cette angoisse. Sa voix gutturale, sa connaissance des hommes et des choses du pays haitien, sa vision politique, son enthousiasme debordant n’y seront plus. Avec Luckner, ce n’est ps seulement un homme qui meurt, c’est aussi une epoque qui s’en va, une epoque durant laquelle il a donne le meilleur de lui-meme au servicde d’autrui. Il n’avait pas hesite en certaines occasions a crier son indignation a la face du monde. Car il avait en horreur les esprits retrogrades et calotins, les cœurs brides par la mechancete et l’hypocrisie. Mais il avait toujour hate de se mettre en regle avec sa conscience, afin d’eprouver cette joie intense que procure la satisfaction du travail accompli.
Mesdames, Melles, Messieurs,
C’est homme vertical qui nous laisse aujourd’hui. En tournant nos regards vers ce cercueil, nous pouvons mesurer avec une certaine stupeur l’abosolu de la mort et le caractere ephemere de la vie.
Ce n’est qu’un au revoir, Loucky, Que la terre te soit legere et que ton ame repose en paix.
ANTHONY GEORGES-PIERRE |