Me. Ernst Cineas aux Funérailles de

Me. Luckner James Cambronne.

 

Chère Nanie, Chères Myrlande, Nadine, Françoise, Myriam, Martine, Luckner, Anael, Chers parents et amis,

 

Nous pleurons aujourd’hui le départ d’un époux responsable, d’un père affectueux, d’un ami exceptionnel et d’un homme public méconnu de la plupart de ses concitoyens.

 

La nouvelle du départ à l’aube, ce Dimanche 24 Septembre dernier, de Luckner James Cambronne, a plongé dans l’affliction ses amis de partout et en particulier de notre pays et de la Floride.

 

Qui fut Luckner J. Cambronne ?

 

Luckner était né à l’Arcahaie, la ville de notre bicolore, le 23 Octobre 1928.  Après ses études primaires dans la cité du drapeau, il acheva ses études secondaires au Lycée Pétion ou il se fit remarquer par son éloquence et son leadership.  Entré par concours à la Banque Nationale de la République d’Haïti (BNRH), il devait y rester jusqu’à l’avènement du Docteur François Duvalier à la Présidence de la République en Octobre 1957.  Membre du Cercle des Etudiants dès 1952, il en devint le Trésorier en 1954 et se révéla à cette fonction un Administrateur dynamique et zélé.

 

C’est à cette époque qu’il fit la connaissance du Dr. François Duvalier dont la résidence se trouvait exactement en face du hall Martin de Porres, à la ruelle Roy, le quartier Général des Etudiants et de la Jeunesse Universitaire Catholique (La JUC comme on l’appelait) dont le Révérend Père Jean Baptiste Georges était l’Aumônier.  Quand le Medecin-Ethnologue, auteur de “Problème des Classes en Haïti,” devient Candidat à la Présidence dès Octobre 1956, le jeune Luckner et d’autres membres du Cercle ne tardent pas à se rallier sous sa bannière.  Le Docteur Duvalier avait été pratiquement le Médecin des étudiants du Cercle en partie parce qu’il vivait en face de l’organisation estudiantine mais entouré et surtout à cause de son empressement à servir gratuitement et à offrir ses services chaque fois sollicité. Ministre de la Santé du gouvernement du Président Estimé, la réputation d’intégrité et d’honnêteté de l’homme était proverbiale.  On comprendra aisément pourquoi bon nombre d’étudiants de l’époque ne tarderont pas à se ranger à ses cotés dès la fin de 1956.  Luckner, lui-même, très actif ne tarde pas à devenir un des fidèles lieutenants du candidat.  Ses qualités d’organisateur et de stratège, son dynamisme, son instinct politique sur, sa grande franchise attirent l’attention du Leader qui fait de lui pratiquement son Secrétaire Privé.  Cambronne accompagne le Candidat dans tout ses déplacements, participe à toutes les discussions, donne son opinion, sans réticence aucune, au risque de déplaire, et devient rapidement un des bras droits du futur Chef d’Etat.

 

Dès l’entrée en fonction du Président Duvalier le 22 Octobre 1957, Luckner est nommé au Cabinet particulier du Président de la République et devient successivement, Secrétaire Exécutif adjoint du Président de la République en 1959.  Son influence grandissante auprès du Chef de l’Etat soulève la jalousie de plus d’un comme il est commun dans notre faune politique.

 

Aux Législatives de 1961 Cambronne est élu Député de la sixième circonscription de Port-au-Prince.  C’est à dire de L’Arcahaie et de Cabaret.  Coordonnateur du Mouvement de la Rénovation Nationale.  Il présida, avec un enthousiasme hors paire, à la construction de Duvalier Ville, au bétonnage de la route Port-au-Prince-Léogane, à la construction du Lycée de Pétion-Ville, de l’Ecole des Gardes Malades, de la Cité Simone Duvalier, du Marché de l’Arcahaie etc.. Nommé Ministre des Travaux Publics, Transports et Communications en Janvier 1963, il entreprend l’asphalte de plusieurs rues de la Capitale.  Nous sommes en 1964 et le Gouvernement d’Haïti n’a jamais reçu d’aide de l’étranger.  La dette externe d’Haïti, sous Duvalier, est a zéro, le pays n’ayant jamais d’emprunts des Institutions Internationales.  Sous l’impulsion du Doctrinaire Président, Cambronne poursuit en sa qualité de Ministre des Travaux Publics la Construction de l’Aéroport International de Port-au-Prince à Mais ‘Gâté qu’il avait commencé comme Coordonnateur du MRN ainsi que de l’Avenue Hailé Selassié devenue récemment le Boulevard Toussaint Louverture.  Le grand mérite de l’homme vient surtout du fait que l’Administration Publique fonctionne avec un maigre budget et que le Gouvernement du Docteur Duvalier, devenue Président à vie en 1964, est économiquement ostracisé par les bailleurs de fonds et ne vit que des maigres recettes internes.  Les réalisation se poursuivent malgré tout : construction du bâtiment logeant actuellement la Direction Générales des Impôts, de la route Milot-Citadelle, du réseau routier Borgne-Bayeux, du Lycée du Cap-Haïtien.  L’étoile de Cambronne est au zénith, son influence est grande ce qui contribue à lui créer beaucoup d’ennemis politiques qui le vilipendent, le calomnient.

 

En Mai 1967, Luckner est demis de ses fonctions de Ministres des TPTC.  C’est la traverse du désert.  Il est persécuté.  Ses détracteurs font même croire au Président qu’il a des ambitions très élevées.  Luckner garde son sang froid et s’occupe des ses affaires privées.  Mais le Président à vie ne tarde pas à voir clair et fait de nouveau appel à Cambronne cette fois, sans fonction officiellement, devient un des hommes forts du régime.

 

Le Président à vie est malade, très affaibli et dans son entourage on pensé prudemment à sa succession.  Des noms commencent à émerger mais aucun n’est vraiment retenu. Au fond le bloc entourant le Président malade n’est pas aussi monolithique que les adversaires, les exilés politiques, le croient.  A la vérité, il a fallu la personnalité d’un homme comme François Duvalier pour agglutiner autour de sa personne un groupe si hétérogène.  C’est pourquoi, le seul nom qui est retenu est celui de son fils Jean-Claude, alors âgé de 19 ans, étudiant en droit, le seul nom qui fera l’unanimité au sein de la famille Duvaliériste.

 

Le Président à vie meurt dans la soirée du 21 Avril 1971.  Jean-Claude prête serment au cours de la nuit et Cambronne émerge automatiquement, en sa qualité de Ministre del’Interieur et de la Défense Nationale, comme l’homme fort du nouveau gouvernement, une espèce de Premier Ministre de facto, fonction qu’il occupera seulement pendant 19 mois jusqu’au 15 Novembre 1972.

 

Depuis lors, c’est à dire depuis 34 ans, il n’a jamais plus occupé de fonctions politiques, mais il ne s’est jamais désintéressé des problèmes de son pays et son influence sur ses amis est resté vivace.

 

Tout cela est de l’Histoire.

 

Mais au fond qui fut Luckner J. Cambronne ?

 

L’Homme était un grand organisateur,

Un stage politique,

Un Patriote mérité,

Un bâtisseur,

Un Homme D’Etat

Il a pourtant été un méconnue et son influence politique lui a valu beaucoup de détracteurs, beaucoup de jaloux et d’envieux.

 

Aucun homme n’a porté avec tant de ferveur le Duvaliérisme dans son Coeur, aucun n’a vécu de si près les vicissitudes, les déboires, les desillusioins, les défaites, les trahison qui ont porté le Docteur Duvalier à devenir le Dictateur qu’il a été.  Aucun proche du Président à vie n’a eu le courage de Cambronne.  C’est à dire celui de le contrarier et de prendre le contre-pied de son opinion ou de ses décisions quand il le fallait.

 

Je Porte un témoignage. Un grand Duvaliériste par dépit, après avoir été demis de ses fonctions, s’était mis à critiquer le gouvernement avec un Médecin dans le but disait on de renverser le régime. Mis au courant de cette soit disant machination, Papa Doc ordonna l’arrestation du conspirateur. Cambronne arrivant à ce moment précis au bureau du Chef de l’Etat entendit les instructions que ce dernier donnait par téléphone au Chef de la Police.  Sans hésiter Luckner d’un ton élevé déclara vivement au Président que s’il faisait procéder à l’arrestation de ce grand Duvaliériste personne désormais n’allait se sentir en sécurité et qu’il devait plutôt faire venir l’individu et le sermonner.  Duvalier céda et le révoqué fut dans quelques jours nommé à une autre fonction.

 

Mon Cher Lukito:

 

Tu as été un méconnu. Plus d’un motives par des intentions négatives, propres aux adversaires de chez nous, t’ont affable de plusieurs épithètes, sans t’avoir connu, se contentant de médire ou de répéter les vilaines calomnies qui, dans notre faune politique, frappent parfois les meilleurs d’entre nous.  Tu ne réagissais pas à leurs mensonges, tu ne te défendais même pas, te contentant de dire que le temps et l’histoire feront leurs oeuvres. Nombreux sont ceux-la qui ont ignoré la simplicité de ta vie même aux heures de gloire, ta frugalité, ton humilité, ta modestie.  Tes amis, ceux la qui ont vécu dans ton intimité se souviendront de ton grand coeur, de ta sensibilité et aussi sans nuances défavorables, et ta rusticité.

 

Sur le plan personnel, je désire rendre un hommage publique à ton épouse. Durant près de cinquante ans, Madame Nanie Cambronne, ce modèle accompli des vertus chrétiennes, dont l’esprit de sacrifice, le dévouement sans bornes , l’abnégation et le renoncement restent au dessus de l’humaine nature.

 

Tes amis, mon cher Luckito ne l’oublieront jamais.  Dans leur coeur tu resteras l’ami fidèle, dévoué et joyeux.  En leur nom et au nom de tous ceux-la qui t’accompagnent aujourd’hui pour la dernière fois je désire redire à Nanie, Nadine, Françoise, Myriam, Myrlande, Martine, Luckner et Anael que nous partageons leur peines, que leur douleur est aussi notre et que notre seule consolation est “tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu”.

 

Adieu, mon cher Luckner, que la terre te soit légère !